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Le gouvernement fait pire que le mal

Combat n°58 - Hiver 2011

Amiante : La RATP récidive

12 MILLIONS DE FRANCILIENS SONT CONCERNÉS, DES MILLIONS DE TOURISTES, 43 000 SALARIES, DES MILLIERS DE SOUS-TRAITANTS

La RATP, persiste dans sa rétention d’information sur la question de l’amiante. C’est par hasard que la présence de ce terrible cancérogène a été mise en évidence dans les ateliers de maintenance de la ligne B du RER. Impossible à nier devant les analyses effectuées sous la pression des salariés. Pour anticiper tout droit d’alerte, le chef d’atelier a préféré consigner l’établissement près de dix jours. Rechignant encore sur les mesures à prendre, c’est contraint et forcé qu’il a dû céder devant les revendications des salariés après une grève de 48 heures. Son projet “bricolage” pour le dépoussiérage a été totalement condamné par l’Inspection du travail.

L’AMIANTE PARTOUT

Mais de l’amiante, il y en a partout sur la ligne B, pas que dans les ateliers. Dans les trains rénovés, retirés depuis de la circulation et qui pourrissent sur des voies de garage depuis maintenant deux mois -on peut d’ailleurs encore en voir sur les faisceaux de gare à Massy-Palaiseau. En tunnel aussi, sur le tronçon nord côté SNCF. Les conducteurs inquiets ont demandé des prélèvements. Floués sur les résultats, ils ont accepté de transporter avec un masque à poussières P3. C’est scandaleux ! La seule présence d’amiante dans une zone justifie l’interdiction d’accès à tous salariés et usagers, l’isolation et le désamiantage de la zone contaminée.

Une enquête est en cours pour déterminer les causes de la contamination. L’endommagement de chemins de câbles avec leurs intercalaires en fibrociment qui cheminent le long des voies semble incriminé suite à des travaux en tunnel. Pour les lignes de MÉTRO, le constat est tout aussi alarmant. Le matériel vieillissant, l’amiante confiné s’échappent par frottement. Les infrastructures et les bâtiments sont aussi concernés, et force est de constater que c’est plutôt l’opacité qui règne.

LOGIQUE DE PROFIT

Déjà plusieurs fois condamnée par le passé, la RATP se contrefiche encore et toujours de la réglementation et de ses obligations d’employeur et de transporteur. Dans un contexte de décentralisation, de privatisation et de libéralisation des services publics, c’est la logique de marché qui dicte ses orientations et ses choix. Avec son arsenal législatif (loi ORTF, Organisation des réseaux de transports ferroviaires et loi Grand Paris), le gouvernement précipite la mise en oeuvre, déjà anticipée par la RATP, du règlement européen OSP, Obligation de service public, avec la séparation comptable de la RATP en deux services distincts le GI, Gestionnaire d’infrastructure et l’OT, Opérateur de transport, effective en janvier 2012 puis l’ouverture de l’offre de transport au privé OPTILE, Organisation professionnelle des transports d’Ile-de-France et ses partenaires comme VEOLIA, KEOLIS, etc. La libéralisation, c’est la RATP et ses filiales, METROLAB, Métropolitain laboratoire par exemple, créé en juin 2011 à Dubaï, gâteau partagé à 50/50 entre ALSTOM et RATP Développement, avec ses 30 ingénieurs chargés de conquérir les marchés des mégalopoles de plus d’un million d’habitants. De l’argent, il y en a pour développer les valeurs libérales du Groupe RATP. Mais pour répondre aux besoins des usagers, à leur sécurité, à leur confort, pour le désamiantage ?

Pas étonnant alors qu’à l’éradication de l’amiante, ce soit son usage contrôlé qui soit privilégié. Outre des conditions de transport indignes pour des millions d’usagers quotidiens, imputable directement à la politique de flux tendus, la RATP expose, en toute connaissance de cause, tous les jours, et ce malgré les condamnations pour “ faute inexcusable” et “ mise en danger”, des millions de personnes, usagers et personnels confondus, aux poussières d’amiante.

DANGER MORTEL

L’amiante est un minéral fibreux extrait de roches cristallines. Largement utilisé depuis l’Antiquité, connu pas que pour ses propriétés ignifuges, il est au coeur d’un puissant lobbying en plein apogée jusque dans les années 70. Si déjà son extraction n’est pas sans danger (Corse, Canada, etc.), on ne peut que condamner son utilisation à l’état de fibres courtes et longues puisqu’une présence de 5 fibres courtes par litre d’air et/ou 100 fibres longues par litre d’air suffisent à déclarer une zone contaminée. Les conséquences et risques sanitaires sont connus et reconnus depuis 1906. Son utilisation n’est interdite en France qu’en 1997, et en 2005 dans l’Union européenne. Mais on est encore bien loin d’une interdiction mondiale. Une seule fibre d’amiante est mortelle, et même si le tabac est un facteur aggravant, ou les particules de diesel que nous respirons quotidiennement, ou même les ondes électromagnétiques qui concentrent le fer sérique dans la moelle osseuse -la liste des polluants est longue- l’amiante lui est clairement identifié et condamné à l’éradication. Son usage contrôlé ne conduit qu’à une mise en danger, certes accidentelle, mais toujours mortifère. Des plaques pleurales à l’asbestose en passant par le mésothéliome ou encore les cancers digestifs, seule la mort délivrera de ses souffrances la personne contaminée. Si l’usager paie son titre de transport, ce n’est pas la RATP qui lui paiera une sépulture et qui consolera ses proches. Quant à ses salariés actifs ou retraités, le nombre de victimes de l’amiante ne fait qu’augmenter tous départements confondus, comme pour confirmer la projection d’experts de l’Union européenne qui pronostiquent 500 000 décès directement imputables au “ magic mineral” au cours des trente premières années du XXIe siècle en Europe occidentale !

Salariés, usagers, mobilisons-nous tous ensemble pour : -Une coordination des instances syndicales, CHSCT, médecine du travail, inspection du travail, représentants d’usagers, syndicats des sous-traitants -Un état des lieux dressé par la coordination -Un plan d’éradication -Des fonds pour désamianter -Un contrôle rigoureux et suivi du désamiantage par les délégués des syndicats et des associations d’usagers -Un pouvoir exécutif de la coordination sur les décisions de la RATP, service public de transport francilien, et notamment sur les cahiers des charges adressés aux sous-traitants -Une politique de santé publique avec campagne de prévention et prise en charge des victimes

Correspondant RATP

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