NOUS PLAÇONS LA BAISSE DU TEMPS DE TRAVAIL AU COEUR de notre projet de vie nouvelle. La baisse du temps de travail est très souhaitable, elle est nécessaire, elle est possible.
Si la baisse du temps de travail devait entraîner l’effondrement de notre niveau de vie, il faudrait reporter à plus tard cet objectif. Car d’abord, il faut que la société assure à ses membres les moyens matériels d’existence.
Mais à l’époque qui est la nôtre, la science et l’industrie offrent toutes les possibilités pour assurer la sécurité et le confort matériel à tous et à chacun.
La baisse radicale du temps de travail qui accompagne le développement de nos capacités de production et l’accroissement continu de la productivité du travail représente non seulement la solution à de nombreux maux du régime capitaliste, mais fondamentalement le but et la condition d’une authentique transformation socialiste de la société.
LA CONTRADICTION
Contrairement aux préjugés des mauvais apologistes de la loi du Marché et des vrais défenseurs du régime d’exploitation capitaliste, la croissance économique est loin d’être créatrice d’emplois! L’accroissement de la production qui résulte d’une amélioration des techniques de production permet bien plutôt d’économiser du travail vivant. Et c’est exactement pour réduire leur nombre de salariés, pour réduire la “masse salariale” que les entreprises poursuivent leurs investissements dans de nouvelles machines-outils, de nouveaux robots et logiciels informatiques.
Dans le cadre d’une gestion économique rationnelle et humaine, chaque innovation technologique, toute mécanisation d’un procédé, chaque construction ou amélioration d’une infrastructure, chaque progrès dans l’organisation du travail, permettrait au choix, soit d’accroître le pouvoir d’achat des travailleurs, soit de diminuer leur temps de travail.
Au lieu de cela, l’organisation patronale maintient la durée du temps de travail initiale et se débarrasse des travailleurs en surnombre tout en bloquant la progression des salaires. Premier résultat: une surcharge de travail sur une fraction de la population tandis qu’une autre est réduite à vivre de l’assistance publique. Deuxième résultat : l’appauvrissement de tous.
D’un côté, les travailleurs occupés perdent leur vie à la gagner de plus en plus mal et consacrent une part toujours plus importante de leurs salaires à payer pour les allocations chômage et pour l’ensemble des impossibles dispositifs d’aide de retour à l’emploi. De l’autre, des millions de jeunes gens en pleine santé, des millions de travailleurs qualifiés et expérimentés, des millions de volontaires de toutes conditions perdent leur vie dans la dépendance, rejetés, démoralisés et culpabilisés. Et plus s’accroît la misère matérielle et morale et plus se dégrade le cadre de vie de tous, plus coûte à la société entière le développement de l’insécurité et des pathologies propres à nos sociétés déréglées.
LA SOLUTION
La baisse radicale du temps de travail se fonde sur une possibilité réelle, une possibilité d’aujourd’hui. À niveau de production égale de biens ou de services et à niveau de production amélioré même, la semaine de 25 heures qui peut être déclinée en journées de 5 heures, en moins de 100 heures ou en années de 1000 heures est une condition à la liquidation du chômage. La semaine de 25 heures est la condition à l’intégration en entreprise des 10 millions d’inoccupés que compte le pays. Nous parlons ici de tous ceux qui pourraient se rendre utiles à la société et assurer leur part à l’impératif de production social, mais qui sont exclus de la vie de l’entreprise. Nous parlons ici de tous ceux qui ont terminé leur première formation universitaire et professionnelle et qui n’ont pas encore atteint l’âge de la retraite, mais qui ne trouvent pas leur place dans la production.
La semaine de 25 heures est la solution au chômage et elle est la solution au mal-vivre dans l’entreprise et en dehors de l’entreprise. Elle est la solution pour notre véritable épanouissement. Car nous ne considérons pas l’Humain capable d’épanouir son individualité dans un carré de tôles ou de verre, à des tâches ultras spécialisées et répétitives à l’ennui pendant 35 ou 45 heures hebdomadaires. Nous considérons qu’il est nécessaire de donner à l’Humain l’espace et le temps pour qu’il puisse varier ses activités selon son libre choix. La vie de tout un chacun doit se répartir harmonieusement entre l’activité sociale productive, nécessairement parcellaire et pour cette raison réduite à un minimum, et l’ensemble des activités libres et autonomes, individuelles et collectives qui sont, par elles-mêmes, leurs propres fins.
Notre programme de transformation socialiste de la société s’identifie exactement à notre programme de développement des facultés humaines, indissociable d’une remise en cause de l’individu réduit à la fonction utilitaire et intégrée de la mégamachine industrielle.
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