Pendant 11 jours, les agents de sécurité de l’aéroport de Roissy étaient en grève.
Ils revendiquaient 200 euros d’augmentation sur leurs salaires, ils revendiquaient l’amélioration de leurs conditions de travail.
Car avec des salaires qui dépassent rarement les 1200 euros, on vit de plus en plus mal. Et quand on travaille en horaires décalées avec des coupures de quatre heures entre deux vacations, quand les horaires changent chaque jour, quand on doit subir la pression de la direction qui n’hésite pas à coller les avertissements qui mènent au licenciement, la vie est encore plus mauvaise.
Les initiateurs de la grève ne s’attendaient pas à un tel engagement de leurs collègues. Lorsque des centaines d’agents de sécurité d’ICTS, de Securitas et Brink’s ont arrêté le travail sur les aéroports de Roissy et de Lyon, la surprise a été belle.
Mais face aux agents de sécurité de Roissy et de Lyon, c’est toute la machine patronale qui s’est enclenchée.
Contre eux, les travailleurs en grève n’avaient pas des patrons isolés, ils avaient les patrons ensemble et solidaires.
Les agents de sécurité des aéroports avaient en face le Syndicat des entreprises de sûreté aérienne et portuaire, le Sesa, le syndicat des patrons du secteur.
Et avec les patrons du Sesa, les grévistes devaient encore faire face à Aéroport de Paris et un de ses principaux actionnaires, l’Etat !
Dès jeudi dernier à Roissy, le gouvernement n’a pas hésité à faire remplacer les agents de sécurité en grève des entreprises privées par les fonctionnaires de la Police aux frontières et de la gendarmerie des transports aériens.
Le gouvernement s’est rangé du côté de l’Etat actionnaire et des patrons du Sesa. Les ministres qui détournent l’argent public pour leurs privilèges personnels se sont précipités pour dénoncer la « prise d’otage » des grévistes contre les voyageurs et ont engagé une large campagne contre le droit de grève dans le secteur de l’aérien au nom de la défense du « service public » !
Les salariés en lutte n’étaient pas préparés à une telle « politisation » du conflit.
De fait, la lutte des salariés contre leurs exploiteurs est une lutte politique, c’est une lutte qui les oppose à tous les patrons qui défendent leurs profits contre les revendications salariées. Tous les patrons sont ensemble contre leurs salariés. Tous les patrons et l’Etat patronal marchent de concert pour casser la lutte des exploités.
Le remplacement des grévistes par des policiers a fait mal au moral. La mobilisation continuait à la veille de Noël, plus de 400 grévistes parcouraient les allées de l’aéroport de Roissy en cortège. Mais dès lundi, de nombreux salariés avaient repris le travail.
Et ni FO, ni la CFTC, ni la CFDT, ni l’Unsa n’ont attendu l’AG du lundi matin pour négocier avec les patrons la « sortie du conflit ».
Au final, les agents de sécurité ont repris le travail. Les syndicats FO, CFTC, CFDT et Unsa ont accepté de signer un accord sur une prime annuelle de 1000 euros.
Qui des agents de sécurité bénéficieront de cette prime ? Pas ceux qui ont mené la lutte, pas ceux qui auront refusé et refuseront toujours de se soumettre aux différents chantages patronaux !
L’accord n’est pas bon.
Mais le combat des agents de la sécurité de Lyon et de Roissy ne se termine pas avec cette grève. L’expérience a été bonne. Très bonne. Tous les participants à la grève et tous ceux qui ont été les témoins de cette lutte peuvent tirer les leçons de l’expérience.
Demain, il faudra être plus fort, mieux organisé, plus nombreux !
-Une catégorie des agents de sécurité ne peut rester isolé dans sa lutte contre ses patrons. Face aux agents de sécurité, c’est tout le patronat du secteur qui est ensemble. Il faut donc engager ensemble les salariés du secteur, des bagagistes aux stewards et pilotes ! Les salariés ne doivent pas penser chacun de leur côté. Nous sommes confrontés aux mêmes problèmes, aux mêmes exploiteurs. La lutte engagée doit être la plus large possible.
-Il faut bloquer la machine à faire le profit. Il est là notre moyen de pression ! Les agents de sécurité de Marseille avaient gagné leur grève sur les salaires l’année dernière en bloquant les portiques de sécurité. Dès le début du conflit, avant qu’une partie des participants se fatiguent et se démoralisent, il faut donc frapper fort en bloquant les portiques, sans crainte de « prendre en otage les voyageurs » !
-Le gouvernement et les patrons cherchent à faire remplacer les grévistes, il faut donc en amont faire un travail en direction des forces police et de gendarmerie afin que les fonctionnaires refusent de jouer les briseurs de grève.
-Beaucoup de salariés en CDD ont continué à travailler pendant la grève. Pour les avoir avec nous, il faut les organiser au niveau syndical et engager le mouvement pour qu’ils soient tous embauchés en CDI !
-Des salariés en grève lâchent progressivement le mouvement. Pendant la grève, l’argent ne rentre pas. Il faut apporter une réponse à ce problème. La réponse, c’est la caisse de grève ! En prévision de la prochaine lutte, les salariés doivent cotiser chaque mois à une caisse de grève. Durant le mouvement, chaque gréviste qui signe la feuille de présence aux assemblées générales pourra ainsi bénéficier du soutien financier de l’organisation syndicale en attendant de se faire payer les jours de grève par l’entreprise ! Pas de négociation possible sur le paiement des jours de grève !
-Des travailleurs craignent la répression patronale et ne s’engagent pas dans la lutte avec leurs collègues, des salariés qui ont fait grève craignent les avertissements et le licenciement à la suite du conflit. Tous les salariés doivent se syndiquer ! Pas un seul collègue doit rester inorganisé ! Il faut nous préparer à réagir collectivement, par un débrayage et une délégation de masse au cas ou un de nos employeurs oserait toucher à l’un des nôtres !